• EVADES DE FRANCE ET INTERNES EN ESPAGNE

                        

    Discours de Madame Cellérier Jeanine ,

    présidente de l'Amicale des A.C évadés de France.             Bordeaux le 6 juin 2013

     

     

    EVADES DE FRANCE ET INTERNES EN ESPAGNE

    Evadés de France,

    Depuis fin 1940, vous avez été une cinquantaine de milliers de Français, de 17 à plus de 40 ans , à tenter de rejoindre les Forces Françaises Libres que le Général de Gaulle avait rassemblées en Angleterre. Humiliés par la défaite , plûtot que d'oeuvrer dans l'ombre sur le territoire national, vous vouliez combattre les armes à la main, face à l'ennemi. Le meilleur moyen pour y parvenir était de gagner l'Afrique du Nord, après avoir franchi les Pyrénées et traversé l'Espagne.

    En 1943, l'institution du service du Travail Obligatoire par les Allemands a incité les plus jeunes d'entre vous, parfois déjà résistants, à tenter eux aussi l'évasion.

    Acceptant tous les risques , de la prison à la mort, vous avez abandonné famille , amis , travail, ou études. Vous alliez devenir les Evadés de France .

    Vous n'avez été que 33000 à pouvoir entreprendre la pénible et dangereuse marche dans les montagnes. Beaucoup n'ont pas réussi à trouver une filière ou un passeur fiable sur place et ont dû renoncer. Un grand nombre ont été arrêtés par les polices, française et allemande, la milice ou la Gestapo, qui vous ont souvent abattus sur place, mais toujours emprisonnés et déportés. Vos familles ont subi aussi le même sort quand elles ont été identifiées.

    Pour vous qui avez réussi, vous avez dû de nuit , par tous les temps, quelquefois  sous la neige, sans équipements et mal nourris, franchir des ruisseaux et des lacs, gravir des sentiers périlleux, longer des précipices; le jour vous dissimuler et essayer de dormir pour récupérer quelques forces. Vous n'avez pas tous échappé aux patrouilles allemandes qui sillonnaient sans cesse la montagne, devenue zone interdite et qui ont abattu 320 d'entre vous.

    Un grand nombre ont aussi disparu par accident ou maladie. Finalement vous n'avez plus été que 23000 à franchir la frontière.

    Sur le sol ibérique , un autre péril vous attendait: les carabiniers et la Garde Civile. Leur échapper était quasi impossible.Presque tous vous avez été arrêtés et jetés dans les geôles franquistes. La plus célèbre , parce que la pire, fut le camp de concentration de Miranda de Ebro. Vous avez été entassés dans des cellules insalubres et surpeuplées, infestées de vermine, souvent déjà occupées par des prisonniers espagnols politiques ou de droit commun, dans des conditions sanitaires et alimentaires inhumaines. Vous y avez attrapé des maladies infectieuses parfois mortelles qui vous ont affaiblis.

    Vous êtes restés entre 3 et 18 mois à subir l'internement , pendant lesquels on vous a maltraités et humiliés. Combien de  "mañana " vous a-t-on répondus lorsque vous demandiez quand vous seriez libérés.  Ce " demain" espagnol est devenu votre symbole et figure au centre de votre drapeau.

    Enfin ce moment est arrivé. D'abord , c'est l'Ambassade britannique qui a pu, par petits groupes, vous acheminer vers l'Angleterre; elle avait pris en charge les évadés qui s'étaient, pour la plupart, prétendus Canadiens. A partir de 1943 des tractations entre le délégué de la Croix- Rouge française en Espagne, Monseigneur Boyer-Mas, et le gouvernement de Franco ont permis de vous échanger contre du blé, des phosphates, des produits et matériels divers dont l'Espagne avait grand besoin. Il a fallu ces trocs dégradants pour votre dignité d'homme pour que vous soyez conduits vers des ports espagnols ou parfois portugais, où vous avez embarqué pour Casablanca. Les traversées n'étaient pas sans risque, des sous-marins allemands patrouillant dans le secteur.

    Sur les 23000 évadés survivants débarqués au Maroc, vous avez été 3400 qui ont convoyés vers l'Angleterre. Les 19600 restants ont découvert l'Armée d'Afrique et sont restés sur place. Mais tous, malgré votre délabrement physique et moral, vous vous êtes engagés dans les diverses unités: armées de terre, commandos, parachutistes, marine ou aviation, auxquelles vous avez apporté un important renfort.

    Vous étiez à Bir-Hakeim avec le Général Koenig.

    Vous avez permis que le premier département français libéré, la Corse , le soit par le bataillon de choc du Général Giraud.

    Avec le corps Expéditionnaire Français du Général Juin , vous avez participé à la dure campagne d'Italie et au débarquement en Provence.

    Vous étiez avec le Général Leclerc ,venu d'Afrique en Angleterre, lorsqu' il a débarqué en Normandie et libéré Paris.

    Vous avez été une partie importante des effectifs  de la 1 ère Armée Française, que le  Général de Lattre avait constituée en réunissant les armées d'Afrique après le débarquement en Provence. Avec elle, vous avez libéré l'Ile d'Elbe puis, avec  le renfort de la 2 ème D.B, combattu pendant la décisive Campagne de France qui a achevé la libération de notre patrie. Vous avez poursuivi les combats en Allemagne et jusqu'à l'Autriche , afin d'anéantir définitivement l'armée allemande.

    Georges Tissot était avec vous et y a trouvé la mort, comme 9300 d'entre vous, des milliers d'autres ayant été blessés.

    Evadés de France,

    Comme les poilus de la Grande Guerre et les grognards de l'Empire, vous avez votre place dans l'histoire de notre pays. Vous en avez écrits quelques-unes des pages les plus glorieuses.

    Vous avez vengé nos malheureux soldats de 39-40, dont le sang versé n'a servi qu'à alimenter le bourbier de la défaite. Le vôtre a rougi la terre de nombreux champs de batailles gagnées.

    Résistants devenus combattants , vous avez contribué à redonner à la France son honneur , sa grandeur et sa liberté.

    Vous ne devez pas être oubliés et méritez reconnaissance et respect.

    Et nous , les jeunes , sommes là pour perpétuer le souvenir de vos souffrances tout au long de votre épopée car , comme l'a eu dit le Maréchal Foch ,

       " Un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir "

     

                                                                              J. Cellérier

     

     

     

    EVADES DE FRANCE ET INTERNES EN ESPAGNE

    En 2013 Madame Céllerier et Monsieur Louis Bernon sont présents au Hangar 14 à Bordeaux et présentent leur association au forum des expositions , photo Marie Pierre Tisné

     


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